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°°° Chapitre 2 °°°

°°° Chapitre 2 °°°
Le lendemain matin, je suis réveillée par les quelques rayons de soleil qui filtrent à travers les rideaux opaques de la baie vitrée.
J'ouvre difficilement un oeil, puis l'autre. Je regarde autour de moi. Tout est paisible.
Je me dégage de l'étreinte de Steeve et lève les yeux pour le regarder.
Il est réveillé et me sourit tendrement.

" - Salut toi ! " Me dit-il en me reprenant dans ses bras et en m'embrassant doucement le front.

" - Bonjour.

- Tu as passée une bonne nuit ?

- Oui, merci. " Je m'étire longuement et regarde l'heure sur le réveil.

9h27

MERDE

Je me lève d'un bond, file dans la salle de bain me débarbouiller, enfile mon short et mon débardeur de la veille et retourne auprès de Steeve, qui me regarde incrédule.
Je lace mes converses à la hâte, fourre toutes mes affaires dans mon sac et me redresse pour faire face à Steeve.

" - Il faut que je parte maintenant. Euh...est-ce que...enfin...tu pourrais me donner mon argent...s'il te plaît ? " Je suis gênée.

Lui ne semble pas l'être, il se détourne et farfouille dans la poche de son pantalon que je lui ai retiré hier. Rien que d'y penser, je me met à rougir bêtement.
Il revient vers moi et me donne trois billets de 100 euros. Je le regarde, étonnée.

" - J'peux pas accepter, c'est beaucoup trop.

- Ca me fait plaisir, et tu le mérites amplement. J'ai passé une merveilleuse nuit avec toi.

- Je...non...

- Chuuut, prend et sauves-toi.

- Merci. "

Je met l'argent dans la poche arrière de mon short, attrape mon sac et me dirige vers la porte de la chambre. Steeve me retiens alors que j'allais passer celle-ci.

" - Est-ce que je pourrais te revoir ? "

Je hoche la tête affirmativement.

" - Je bosses tous les soirs.

- Ah... "

Il me regarde avec des yeux plein de pitié. Ca m'énerve, je n'aime pas que les gens s'appitoient sur mon sort. J'ai choisi cette vie, je l'assume.
Je quitte la chambre sans aucun autre mot, sans aucun autre regard pour Steeve.
Je sors de l'hôtel, les gens me regardent de travers, certains avec des mines dégoûtées.
Je comprends leur réticence, je ne suis pas une fille bien, je suis une fille de la rue, une fille malsaine.
Je soupire et me met à courir à travers les rues, bousculant parfois des piétons, je ne m'excuses même pas.
Je n'ai qu'une chose en tête: rentrer chez moi et retrouver mon fils.
Habituellement, je suis toujours là à son réveil. La nuit, il dort chez la voisine du dessous, mais celle-ci travaille comme caissière le jour et elle ne peut donc pas s'occuper de Théo. J'espère qu'il va bien et qu'il ne se fait pas de soucis.
J'entre dans la cité où je vis, je la traverse en courant plus vite. A chaque coin d'immeubles traînent des voyous, des dealeurs, des gamins. Je n'aime pas cette ambiance.
Pourtant j'y suis habituée, j'y vis depuis que je suis toute petite. Mais c'est différent lorsqu'on est seule et sans personne sur qui compter.
Je gravis les quatres étages de mon immeubles sans ascensseur et sors la clée de mon appartement. J'ouvre et pénètre à l'intérieur de celui-ci.
Je dépose mes affaires et cours vers la chambre de Théo. Il est là, assis par terre, à jouer avec ses petites voitures.
Lorsqu'il s'apperçoit de ma présence il se lève et se précipite dans mes bras.

" - Maman ! T'es enfin rentrer.

" - Oui je suis là mon bonhomme, désolée de t'avoir laissé si longtemps tout seul. " Lui dis-je en le serrant fort contre ma poitrine.

" - J'ai pas eu peur tu sais." Me dit-il, fier de lui.
" C'est encore un méchant monsieur qui voulait pas te laisser partir ? " Il me regarde avec ses petits yeux.

" - Oui en quelque sorte, chéri. "

Du haut de ses 5 ans, Théo est un petit garçon très intelligent. Il a très vite compri ce que je faisais la nuit pour gagner de l'argent.
Théo n'est pas véritablement mon fils, je l'ai trouvé, enfin c'est plutôt lui qui m'a trouvé, un soir dans la rue.

FLASHBACK

Il fait nuit, il fait froid, et je suis seule, si seule. Depuis que ma famille a été tué, je me prostitue pour survivre.
Mais ce soir, j'en peux plus. J'ai mal, je suis fatiguée, et j'en ai marre de me battre.
Mes larmes ravagent mon visage, mon maquillage coule, je dois être affreuse, mais je m'en fou.
Je ferme les yeux et approche le morceau de verre de mon poignet.
J'inspire profondément et m'apprête à appuyer lorsqu'une petite voix fluette retentit :

" - Non ne fais pas ça madame. "

J'ouvre les yeux et regarde dans tous les coins de la ruelle, mais je ne vois personne.
Je crois alors que je deviens folle, que j'entend des voix, j'approche une nouvelle fois l'arme de mon poignet tendu.
Mais au moment où j'allais inciser, une petite main froide se pose sur mon bras.
J'ouvre les yeux et regarde celui qui m'empêche de m'ôter la vie.
Un petit garçon se tient accroupi à côté de moi, il est tout barbouillé et ses jolis yeux sombres sont embués de larmes.

" - Me laisses pas tout seul madame. "

Pour ne pas l'appeurer, je repose le morceau de verre près de moi.

" - Retournes voir ta maman. "

Une larme s'échappe de ses yeux.

" - Ma maman, elle m'a abandonné. Elle est partie avec son nouvel amoureux, mais il voulait pas de moi. "

Ses pupilles me fixent, je suis troublée par ce qu'il vient de me dire. Comment une mère peut-elle faire ça à son enfant ?
Pourquoi la vie est-elle aussi injuste ? Il est si petit, si vulnérable, si innocent, si pure, et pourtant il est seul et aussi malheureux que moi.
Il s'assoit à côté de moi et pose sa tête contre mon épaule.

" - Toi aussi t'es triste ? " Me demande t-il d'une petite voix.

" - Oui.

- Pourquoi ? Ils sont où ton papa et ta maman ?

- Ils sont morts. "

Il me regarde, et d'autres larmes s'écoulent de ses yeux. Ca me fait mal de le voir pleurer.
Il repose sa tête et on reste comme ça, tous les deux, appuyés contre le mur froid de cette ruelle, pendant plusieurs heures, à ne rien dire.

" - Comment tu t'apelles ?

- Théo et toi ?

- Shana.

- Dis Shana, tu peux être ma nouvelle maman ? "

Que voulez-vous répondre à ça ? Qu'est-ce que j'aurai bien pu lui dire ? Non ? Je ne pouvais pas, je ne pouvais pas le laisser seul et repartir comme si de rien n'étais.
Et depuis maintenant 6 mois, je veille sur lui, je m'en occupe et je l'aime comme si c'était mon propre fils.

FIN FLASHBACK


Je l'embrasse et vais dans la salle de bain me laver. Lorsque j'en sors Théo est assit dans le couloir et il m'attend.

" - Maman, y'a plus de céréales et j'ai faim.

- Laisses-moi le temps de m'habiller et on va faire quelques courses trésor, okay ? "

Il sautille dans tous les sens, il est content. C'est pas souvent qu'on sort tous les deux, je suis jamais là et c'est assez risqué de s'afficher au grand jour.
Une fois prête, je prend un des billets de 100 euros que Steeve m'a donné, le glisse dans mon porte-monnaie et appelle Théo.

" - Théo tu viens ? On y va ! "

Il arrive en clopinant, son doudou à la main.

" - Monsieur Panpan peut venir lui aussi ? " Me dit-il en me montrant son lapin en peluche.

" - Bien sûr que Monsieur Panpan peut venir, il fait parti de la famille. "

[...]

Théo se dirige dans le rayon des jouets, pendant que je fais quelques courses. Je lui recommande de bien faire attention, et lui dit que j'en ai pour très peu de temps.
Une fois que j'ai acheté tout ce qu'il me fallait, je le rejoins dans le rayon des jouets. Il est assis par terre, et il regarde dans tout les sens avec de grands yeux émerveillés.
Je l'observe, attendrie.

" - Lequel tu veux ? "

Il se détourne et m'interroge du regard.

" - On a pas assez d'argent maman..."

Une lueur triste passe dans ses yeux. J'aimerai tellement qu'il soit heureux, qu'il soit comme tous les autres enfants.

" - T'inquiètes pas pour ça chéri, maman a gagner beaucoup d'argent cette nuit. "

Il se relève, attrape une boîte de lego et me la tend en souriant.

" - Je peux prendre ça ?

- Bien sûr ! "

Il m'embrasse fort et part en galopant vers les caisses, un grand sourire illuminant son visage.
Je paye, pour une fois, j'ai le compte, la caissière ma regarde, un sourire narquois au visage.
Nous sortons du magasin en chantant une chanson pour enfant que Théo adore, lorsqu'une poigne ferme me retient.

" - Salut Shana. T'oublies pas que tu me dois du pognon ma belle.

- Je sais", je grimace de douleur, la main de l'homme se referme de plus en plus sur mon bras.
" Lâches-moi, tu vas faire peur à mon fils.

- C'est un bien mignon p'tit garçon qu't'as là, c'est vrai. Ca serait dommage qu'à cause de sa maman j'sois obligé d'lui faire du mal. "

Il part dans un rire sadique. Je me dégage brutalement et le regarde dans les yeux.

" - Tu touches à un seul cheveux de mon fils Raoûl et je te... "

Je ne sais pas quoi dire, je sais très bien que face à ces hommes je ne peux rien faire, je ne fais pas le poids.

" - Et tu quoi Shana ? Tu me tues ? "

Il repart dans son rire, un rire à vous glacer le sang.
Je prend Théo par la main et continue mon chemin, j'entend sa voix au loin.

" - N'oublies pas mon blé Shana, sinon plus de cam, j'te retrouverais. "

Je marche plus vite, entraînant Théo à ma suite. Lorsque je suis sûr d'être à peu près en sécurité je ralentis le pas.

" - C'était qui maman ? Pourquoi il a crié ? Et c'est quoi de la cam ?

- C'est rien bonhomme, maman s'en occupe.

- C'est vrai qu'il va me faire du mal ? "

Je me stoppes, m'accroupie face à lui et prend ses mains dans les miennes.

" - Je te promet que non Théo, je le laisserai pas t'approcher. "

Il reprend sa route, pas très convaincu. Il a peur, je le sens, moi aussi j'ai peur. Peur pour moi, peur pour mon fils.
On continu de marcher en silence, jusqu'à ce que Théo me tire par la manche.

" - Regarde maman. "

Il pointe du doigt un groupe de trois hommes entrain de tabasser une autre personne, recroquevillée par terre, se tenant le ventre.
Je presse sa main et l'entraîne à l'écart. Mais il garde les yeux fixés sur cette scène horrible.

" - Il faut l'aider.

- On peut rien faire chéri, je suis désolée. " Je lui lance un sourire triste.

Théo lâche subitement ma main, traverse la rue en courant et regagne le trottoir inverse.

" - Théo, reviens, j't'en prie. "

Mais il ne m'écoute pas, je traverse à mon tour la rue. Je n'ai plus le choix, je ne peux pas le laisser là.

" - Restes là Théo et ne bouges surtout pas. " Je lui ordonne.

Je me dirige vers les trois hommes, d'un pas mal assuré, je ne sais pas dans quoi je m'embarque.

" - Hey, dégagez ! J'ai appelé la police, ils ne vont pas tarder à arriver. "

Les hommes se retournent et me toisent. J'ai peur.

" - Merde. T'es qui toi d'abord ? Conasse va ! Allez v'nez les gars on se tire. "

Ouf, ça a été plus facile que je l'imaginais. Théo se précipite sur moi, j'lui prend la main et avance vers la silhouette couchée sur le sol.
Je me penche vers elle, et la secoue légèrement.

" - Est-ce que ça va ? "

J'entend juste des sanglots et des gémissements de douleurs. Je prend le corps de la personne entre mes bras et la soulève pour l'appuyer contre le mur. J'écarte quelques mèches de ses cheveux et constate qu'elle est blessée à de nombreux endroits.
Merde, j'peux pas la laisser comme ça.

" - Ecoutez, j'habite pas loin. J'vais vous aider à marcher et j'vais vous soigner. "

Je soulève la personne et elle s'appuie sur moi. Elle n'est pas très lourde heureusement.
On arrive à l'appartement, Théo dépose les courses sur la table de la cuisine pendant que moi je dépose le corps de la jeune fille sur mon lit.
Elle est très jolie, elle a de longs cheveux noirs parsemés de mèches blanches, un visage fin au teint pâle et des traits délicats. Elle a un piercing à l'arcade et porte des vêtements près du corps ainsi que de nombreux bijoux. Ses yeux sont cerclés de noir et ses lèvres légèrement recouvertes d'un gloss translucide.
Je lui retire sa veste en cuir noir et ses chaussures.
Je vais dans la cuisine faire bouillir un peu d'eau et sors des linges propres ainsi que des produits anticeptiques.
Je retourne près de la jeune fille, suivie par Théo. Je m'agenouille d'un côté du lit et lui de l'autre.
Il me semble que la blessée a perdu connaissance. Je commence à lui nettoyer ses plaies au visage, son arcade saigne ainsi que sa lèvre.
Je m'applique, prenant soin de ne pas lui faire de mal.
Théo a attrapé sa main et la tient dans la sienne, comme pour lui dire qu'il est avec elle. Il est adorable et très courageux, je suis fière de lui.
Une fois son visage totalement soigné, je m'occupe de lui retirer son tee-shirt.
Bizzard, elle n'a pas beaucoup de poitrine, mais je ne m'en formalise pas.
Je passe de la crème pour les coups sur ses hématomes et bande quelques plaies peu profondes.
Je lui retire son pantalon, pour voir s'il y a d'éventuelles blessures.
Et à ma grande surprise, je me retrouve nez-à-nez avec un boxer d'homme.
Je relève la tête, Théo me regarde tout aussi étonné que moi.

" - Maman, c'est un monsieur ! "

Je suis destabilisée, mais je ne vais quand même pas le jeter dehors sous prétexte que c'est un homme et que la plupart des hommes me répugnent.
Je le recouvre de mes couvertures et fais signe à Théo de me suivre.
Nous nous dirgeons vers la cuisine, je range les courses, donne un bol de céréales à Théo et prépare du thé chaud pour l'inconnu, s'il se réveille.

[...]

Je suis dans la salle de bain entrain de laver du linge lorsque Théo m'appelle :

" Maman, le monsieur il bouge ! "

Je me précipite dans la chambre et m'assois sur le rebord de mon lit. Le jeune homme ouvre péniblement ses paupières, et lorsque son regard se pose sur moi, il ouvre grand ses yeux, horrifié.
Il tente de se relever mais ses blessures l'en empêche. Il gémit.

" - Ne bougez pas, vous allez vous faire mal.

- Où...où suis-je ? Qui êtes-vous ? "

Il a du mal à parler.

" - Chhuuut, restez calme. J'vais vous chercher une tasse de thé.
Restes avec lui Théo s'il te plaît.


- Oui, maman. "

L'inconnu regarde Théo.

" - N'ai pas peur monsieur, je m'apelle Théo et Shana c'est ma maman, elle est très gentille et elle t'a soigné parce que des vilains messieurs t'ont tappé. On t'as trouvé dans la rue, tu pleurais. Mais c'est pas grave, t'as le droit de pleurer, moi aussi je pleure. Parfois maman aussi elle pleure quand elle est toute seule dans la salle de bain.
Et toi comment tu t'appelles ?


- Je m'apelles...je m'apelles Bill.

- Et elle est où ta maman à toi ?

- Théo, laisse-le tranquille, il faut qu'il se repose. "

Je tend une tasse fûmante au brun.
Le jeune homme, Bill si j'ai bien compri, se redresse dificilement et bois quelques gorgées.
Il me regarde et me dis timidement :

" - Merci. "

Je lui souris et le débarasse de sa tasse que je pose sur la petite table de chevet.

" - Est-ce que ça va mieux ? "

Il hoche la tête silencieusement.

" - Tu sais, on a cru que t'étais une fille. "

Théo plaque sa main devant sa bouche et rigole.

" - Théo, c'est pas très gentil de dire ça.

- Mais c'est la vérité. "

Je fusille ce petit monstre du regard pour lui faire comprendre qu'il doit se taire, et il baisse honteusement la tête.

- Nan c'est...c'est rien. Il est...très franc. "

Je remarque qu'il a un accent étranger, probablement de l'allemand, mais il parle parfaitement notre langue.
Je passe ma main sur son front.

" - Vous n'avez pas de fièvre, vous allez vite vous en remettre je pense.

- Merci de m'avoir aidé et soigné.

- C'est normal. On va vous laisser vous reposer un peu, appellez-nous si vous avez besoin de quelque chose. "

Je me lève mais il me retient par le poignet.
Ses yeux se remplissent de larmes et il me dit d'une voix étranglée :

" - Je veux voir Tom. "



*** A suivre ***

# Posté le mercredi 18 juillet 2007 07:59

Modifié le jeudi 19 juillet 2007 07:11

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